En contemplant la Lune Noire

En contemplant la Lune Noire.Valérie Dhaussy
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En contemplant la Lune Noire

En contemplant la Lune Noire

 

 

Il était un temps

où mes bras, écartés sur l'horizon,

donnaient l'exacte distance

à franchir pour venir me chercher.

 

Mon front, encore poussiéreux des chemins parcourus,

laissait croire qu'un esprit baroudeur gardait,

accroché à l'épaule qui l'abritait, un sac bouclé,

déjà prêt pour le prochain voyage.

 

Maintenant, ces bras ont fait racines

au grand large de ma poitrine.

Ce front dépoussiéré s'allonge dans un verger clos,

à l'ombre fraîche de l'immobilité.

 

Mes mains s'entrouvrent, mon visage s'incline,

parfois, parce qu'une présence amie,

tout entière remplie de ce qu'elle abrite,

vient se poser douillette sur ma poitrine,

comme un double de moi-même.

 

Je m'assieds dans un pré pentu,

semé de plumets saphirs,

qu'irisent les mouvements de la Lune Noire.

Les persiennes du paysage, entrouvertes,

s'ébrouent de terre de Sienne et d'ocre.

En équilibre sur une parcelle de silence,

mes pensées en ont fini des turbulences.

Mon bassin, vasque offerte, abrite

un jardin bleu où courent les pastels.

Dans les coins, sans angle mort, la joie fait clarté.

 

Je laisse sourdre de mes paupières

un pollen myosotis qui poudre mes avant-bras.

Tout près, aux creux des paumes,

j'accueille les lents rappels à soi.

 

Amie,

glisse toi dans ce mouvement et sers toi.

Prends, entre les lignes de ma main,

ce qu'il reste de la vie

que je n'aie pas encore su donner.

 

                                   *

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